LES CAHIERS DU PHOTOGRAPHE  
Toxicité des produits chimiques  
Employés en photographie  
© François LETERRIER  
DIVERS PRODUITS CHIMIQUES  
EMPLOYÉS EN PHOTOGRAPHIE  
T O X I C I T É D A N G E R S  
&
PRÉCAUTIONS À PRENDRE  
Avec quelques indications sur leurs usages  
François LETERRIER  
DOCTEUR EN MÉDECINE  
DOCTEUR ÈS SCIENCES  
AMATEUR PHOTOGRAPHE  
PRATIQUANT LES  
PROCÉDÉS ANCIENS.  
Bibliothèque de l'A.P.A.  
3ème édition  
Avec l’aimable autorisation de reproduction de  
Mr Jacques Collet Président de l’APA  
PRÉAMBULE Préambule de la première  
édition  
C'est en 1996 que François Leterrier m'a entretenu de l'idée de créer un  
ouvrage sur les dangers des produits chimiques que nous employons en  
photographie.  
Je ne pouvais qu'approuver cette initiative en me remémorant les  
difficultés que j'ai rencontrées depuis 1961. Cette année là, j'ai voulu  
aborder la gravure à l'eau forte. Je savais bien que le vinaigre dissolvait le  
calcaire mais l'acide nitrique que vendait Charbonnel présentait des  
caractéristiques autrement différentes. J'ai eu la chance d'avoir de bonnes  
lectures sur ce procédé et de me méfier de cette "liqueur" particulièrement  
corrosive. On l'a remplacée à présent par le "perchlo" 1, moins agressif.  
Comme beaucoup d'entre nous, mon approche de la photographie ou du  
labo m'a fait employer des soupes toutes faites pendant un temps. C'est en  
voulant faire de la gomme que j'ai découvert que les bons droguistes  
avaient pratiquement disparu. Consultant l'annuaire, je découvris Labo-  
Sciences rue de l'Université. Ces gens là n'avaient pas tout. Mais ils  
vendaient une excellente gomme arabique à 100 francs les 5 kilos...! En  
gros cristaux de larmes concassées, plein de bouts de bois et de fibres...  
Bref de la Vraie, de la bonne. Je vois encore un laborantin écrire en plume  
de ronde les étiquettes et y ajouter parfois une tête de mort plus ou moins  
habile. Cette officine devait gâcher le marché ou n'avoir que moi comme  
client, elle a disparu....!  
Un an ou deux avant mon adhésion à l'APA, je découvris de "saines  
formules" et j'abandonnais, un temps, les "révés" et fixateurs tout prêts.  
Une bonne balance et c'était tout de même plus drôle de faire ses potages  
et moins onéreux.  
Béotien, chimiquement, et me contentant de suivre attentivement les  
recettes de différentes soupes révélatrices, je me suis toujours méfié des  
ingrédients que nous utilisons. En lisant attentivement les catalogues de  
sources diverses, en essayant de comprendre les divers signes cabalistiques  
figurant sur les dits produits, j'ai appris certaines oppositions chimiques.  
 
Côté fournisseur, il y avait l'ex-CONQUET, rue Toussaint Feron,  
spécialiste des produits destinés à la photographie. Une caverne d'Ali Baba  
où l’on pouvait acheter de l'hydroquinone par sacs de 25 grammes ou 5  
kilos, et l'hypo — pardon, le thiosulfate — par demi quintal. Mais  
abordant le palladium en 95, je fus obligé de me rabattre sur PROLABO  
(devenu LABOSCOPE) seul à proposer de l'hydrate de fer pour fabriquer  
de l'oxalate ferrique. Là, muni d'un "Ausweis" vous pouviez acquérir de  
quoi faire sauter Paris ou empoisonner l'Ile de France. On ne rencontre  
pas beaucoup de conseils, hormis les étiquettes genre X, X etc.  
Laboscope est parti en banlieue lointaine et à présent, nous nous  
fournissons chez COGER, 7 0 rue des Morillons, 75015 (publicité  
gracieuse).  
Les étagères du labo se sont couvertes de flacons de plus en plus  
nombreux et j'avoue que devant utiliser un produit méconnu, je compulse  
plusieurs ouvrages anciens et récents pour déterminer si celui-ci n'est pas  
"dangereux" !  
Il ne faut pas non plus exagérer. "OVEREXPOSURE", un ouvrage assez  
complet made in USA, laisse présumer que tout est danger, même l'eau du  
robinet...!  
Nous avons en France un antidote : le pastaga dont bien sûr, nous userons  
avec modération...!  
En remerciant François pour ce travail qui lui a pris quelques bonnes  
soirées de bénévolat, j'espère que ce recueil vous donnera de bons conseils  
et vous évitera certaines "surprises" auxquelles on s'expose en jouant au  
"petit chimiste". Jacques Collet  
Cette nouvelle édition n'est pas une refonte. Le plan initial utilisant une  
classification semi- empirique des produits est conservé. Certains produits  
oubliés dans la première édition ou entrés récemment dans la panoplie des  
chimistes photographes ont été ajoutés. 1 Chlorure ferrique.  
Les numéros des "phrases de risque" imposées par la législation ont aussi  
été ajoutés (cf annexe à la fin)  
LA CHIMIE PHOTOGRAPHIQUE EST-  
ELLE DANGEREUSE POUR L'HOMME  
?
Tout est chimie autour de nous, puisque l'objet de cette discipline est  
l'étude des molécules constitutives de tous les matériaux minéraux et  
organiques. S'il s'agit des êtres vivants, on parle de biochimie, s'il s'agit des  
matières plastiques, c'est la chimie des polymères. L'industrie  
pharmaceutique s'intéresse à la pharmacochimie qui peut créer des  
médicaments à partir de molécules préexistantes dans le monde minéral  
ou vivant (les plantes offrent une riche panoplie de molécules très actives  
et souvent très toxiques) ou bien par des voies de synthèse entièrement  
dirigées par l'homme. La photochimie est une discipline très riche étudiant  
les effets des radiations lumineuses sur les molécules. La photographie lui  
doit beaucoup. Mais les réactions initiales dues à la lumière doivent être  
complétées par des réactions dites obscures. Ce sont les produits que ces  
dernières impliquent qui font l'objet de cette monographie.  
Pour des raisons qu'il serait intéressant d'analyser (au sens psychologique,  
voire analytique du terme), le mot chimie possède actuellement, chez les  
non-initiés à cette discipline, une connotation péjorative. Sans chimie  
pourtant, nous reviendrions aux modes de vie de nos lointains ancêtres,  
vêtus de peaux de bête et mangeant, au hasard des chasses, de la viande  
plus ou moins bien cuite, et soumis à tout instant aux parasites et aux  
maladies infectieuses.  
Il est vrai que, comme pour toutes les inventions humaines, la science  
chimique permet la fabrication de poisons et les propriétés biologiques  
des très nombreuses substances fabriquées par l'homme ne sont pas  
toutes bien connues. Il a fallu de nombreuses années pour découvrir la  
toxicité du D.D.T, insecticide qui a pourtant permis la disparition du  
typhus lors de la seconde guerre mondiale, ou des propriétés cancérigènes  
à long terme d'un colorant comme le jaune de beurre (dont l'emploi est  
supprimé depuis près de cinquante ans) ou plus récemment de l'amiante.  
La photographie ne peut se passer de la chimie, qu'il s'agisse de la  
fabrication des surfaces sensibles ou de leur traitement. Il se pose  
donc la question de savoir si les produits chimiques que les  
 
photographes utilisent peuvent voir des effets nocifs. Même la  
photographie numérique, nécessite une étape où intervient la chimie. La  
fabrication des papiers et des encres pour imprimantes met en jeu un  
savoir faire chimique en constant progrès. Les propriétés biologiques de  
ces encres ne sont pas bien connues, mais comme il est pratiquement  
impossible d'entrer en contact avec elles et encore moins d'en absorber, le  
danger éventuel qu'elles pourraient présenter est faible.  
Pour obtenir une image photographique, qui par définition utilise les  
propriétés de la lumière (photo en grec), il existe dans la plupart des cas,  
deux étapes. La première, souvent très courte (avec les procédés  
argentiques), est photochimique : l'énergie lumineuse provoque une  
modification dans la structure d'un composé (pré-réduction d'un ion  
d'argent, réduction d'un sel ferrique, transformation d'un colorant,  
ionisation d'une surface etc.). La seconde, obscure, a pour but de  
consolider les effets de cette première étape, en révélant l'image s'il y a lieu,  
et en la fixant. Une troisième étape, facultative, consiste à modifier l'image  
initiale pour en changer l'aspect (virages par exemple). En photographie  
numérique, on retrouve ces deux étapes, la première, très courte,  
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recueille les informations lumineuses sur des capteurs physiques, la  
seconde plus longue est celle du stockage puis de l'exploitation de ces  
informations.  
Toutes ces étapes ont fait l'objet d'un nombre considérable de travaux et  
de très nombreux réactifs chimiques ont été essayés depuis l'invention de  
la photographie en 1839. Dans la pratique moderne, très peu de personnes  
ont à manipuler ces produits. La fabrication des surfaces sensibles est  
pratiquement entièrement automatisée. Il en est de même de leur  
"traitement" par les grands laboratoires. Des règles strictes ont été édictées  
pour la protection des personnels et le traitement des effluents produits.  
Il subsiste cependant un petit monde de passionnés, dont nous faisons  
partie, qui procèdent entièrement à la création de leurs images, depuis la  
fabrication des surfaces sensibles jusqu'à leur présentation dans un  
encadrement ad hoc, en passant bien entendu par l'étape essentielle, celle  
de la prise de vue. Etant donnée la grande variété des substances qui  
entrent en jeu dans les procédés photographiques, anciens et modernes, il  
est sans doute utile d'en connaître les effets biologiques.  
Disons tout de suite, qu'un très petit nombre de ces substances sont très  
dangereuses, mais que pour beaucoup d'entre elles il est nécessaire de  
prendre quelques précautions simples pour éviter des désagréments. Les  
informations qui vont suivre concernent essentiellement les personnes qui  
manipulent occasionnellement ces produits. Elles ne sont pas soumises  
aux expositions chroniques et les dangers de celles-ci ne seront évoqués  
que dans quelques cas. Il va de soi que les installations professionnelles  
doivent être équipées de systèmes de ventilation efficaces et fréquemment  
vérifiés afin d'éviter toute accumulation de produits qui pourraient à long  
terme être nuisibles à la santé.  
RAPPEL DE QUELQUES NOTIONS DE  
TOXICOLOGIE  
Avant de décrire les effets nocifs présentés par la manipulation de produits  
chimiques utilisés en art photographique, il est utile de préciser la notion  
de danger chimique. Une substance chimique peut être dangereuse pour  
plusieurs raisons.  
Ou bien elle interagit avec le fonctionnement normal d'un être vivant, on  
parle alors de toxicité (pour les hommes, les animaux, les plantes). Cet  
effet toxique est parfois délibérément recherché (insecticides, herbicides).  
Ou bien elle possède des propriétés destructrices (acides ou bases fortes)  
ou encore elle provoque ou favorise des incendies (inflammabilité, effets  
comburants). C'est essentiellement à la toxicité des substances  
photographiques que nous nous intéresserons.  
 
QU'EST CE QUE LA TOXICITÉ ?  
Elle est reliée à l'idée de poison : "substance capable de troubler  
gravement ou d'interrompre les fonctions vitales d'un organisme,  
spécialement, substance liquide ou solide, minérale ou organique,  
préparée, administrée pour donner la mort." (le Robert).  
Mais il est nécessaire d'entrer dans quelques détails.  
Une substance peut avoir une toxicité générale ou simplement locale. Cela  
dépend surtout du mode de contact du sujet avec elle. C'est bien sûr lors  
de l'absorption par la bouche (voie orale) que les risques d'intoxication  
sont les plus élevés. Il ne faut pas négliger l'absorption respiratoire (de  
vapeurs ou de poudre) souvent dangereuse pour les voies respiratoires et  
le poumon mais aussi pour l'organisme entier. Enfin, la peau, tout en étant  
une barrière le plus souvent peu perméable (tout au moins pour les  
substances dissoutes dans l'eau), peut elle même faire l'objet de réactions  
pathologiques plus ou moins graves.  
Il est nécessaire de tenir compte de la notion de temps et plus exactement  
de dose absorbée pendant une durée donnée. On distingue ainsi  
la toxicité aiguë : les effets se manifestent dans les minutes (cyanure)  
ou les heures (mercure) qui suivent l'absorption du toxique ;  
la toxicité chronique : liée à l'absorption pendant une longue durée  
de petites doses de la substances (plomb), qui lors d'un contact unique  
n'aurait provoqué aucun effet ;  
la toxicité à long terme : caractérisée essentiellement par l'apparition  
de cancers parfois de nombreuses années après le contact du toxique  
(benzène).  
Il faut de plus considérer les cas où la toxicité est indirecte. La substance  
n'est pas nocive par elle-même, mais elle provoque une réaction de  
sensibilisation cutanée ou générale, se traduisant par des manifestations  
dites allergiques (urticaire, eczéma, asthme, œdème des voies respiratoires,  
allergies digestives), lors d'un contact ultérieur même pour de très faibles  
doses.  
 
Les caractères ci-dessus sont qualitatifs. Il est important de pouvoir les  
préciser par une mesure. On se dit a priori qu'il suffit d'indiquer la quantité  
de poison capable de tuer un homme. C'est un cas extrême car l'effet est  
facile à mettre en évidence, mais heureusement peu fréquent. On peut  
aussi mesurer la toxicité par la quantité de substance qui rend un sujet  
malade. Cela devient plus difficile, car il faut définir les troubles présentés  
par le sujet intoxiqué et ceux-ci vont dépendre de la dose absorbée. Le  
schéma ci-dessous permettra de se rendre compte de la complexité de la  
notion de toxicité. Plaçons nous dans le cas des effets aigus.  
Figure : Courbe-toxicologique  
L'axe horizontal représente la quantité de produit toxique absorbé, l'axe  
vertical un effet pathologique donné (par exemple des vomissements).  
L'expérience montre que la relation entre la dose et l'effet a en général  
l'allure d'une courbe en S. Il ne se passe rien pour les faibles doses, puis  
l'effet apparaît plus ou moins brutalement, enfin, pour les doses élevées,  
l'effet est maximum, donc ne varie plus en intensité.  
Cela ne rappelle-t-il pas une courbe que les photographes connaissent  
bien, le diagramme densitométrique d'un film photographique? Plus le  
début de la courbe commence vers la gauche, plus la substance peut être  
considérée comme toxique (plus le film est sensible). Si la pente de la  
courbe est faible, la tolérance au toxique peut être considérée comme  
bonne (il existe une large plage pendant laquelle l'effet est réversible ou  
peut être soigné). De même un film à faible pente présente une large  
latitude de pose et "pardonne" les erreurs.  
Les effets cumulatifs peuvent être assimilés à un effet dit de non  
réciprocité (effet Schwarzchild en photographie). Il faut absorber  
nettement plus de produit, si on le fait en doses fractionnées, pour  
atteindre le seuil de toxicité, de même, à très faible lumière, il faut exposer  
beaucoup plus pour impressionner le film. Pour définir la toxicité de ces  
produits on indique les quantités maximales admissibles par jour ou par  
mois ou les concentrations par mètre cube d'air qui ne doivent pas être  
dépassées, en sachant qu'un sujet exposé reste dans la zone supposée  
dangereuse au maximum huit heures par jour. On voit que les définitions  
deviennent rapidement complexes.  
Enfin, il faut tenir compte des variations de sensibilité entre les sujets  
soumis aux toxiques. A la différence des films photographiques, dont les  
caractéristiques varient très faiblement d'un lot de fabrication à un autre,  
les êtres humains réagissent de façon très variable à l'effet d'un agent  
chimique (qu'il soit un toxique ou un médicament, le second étant souvent  
lui-même dangereux s'il est absorbé à dose trop élevée). C'est pour cette  
raison que l'ordonnée de la courbe est donnée en valeur relative  
(pourcentage de sujets chez lequel l'effet est observé). La quantité qui  
provoque un effet donné chez 50 % des sujets est une caractéristique  
intéressante. Par exemple, si l'effet mesuré est la mort, on parlera de dose  
létale 50 % (DL 50). Il s'agit donc d'une notion statistique.  
QUELQUES RAPPELS DE CHIMIE ET CLASSIFICATION DES  
COMPOSÉS  
Ces généralités ayant été exposées, comment caractériser les dangers  
présentés par les produits photographiques? Plusieurs classifications sont  
envisageables. Le toxicologue classe les produits par familles chimiques,  
pour faire apparaître des relations entre la structure moléculaire et l'effet  
biologique. Le photographe les classera selon leur usage : agents  
développateurs, fixateurs, virages, adjuvants, ou encore en suivant une  
classification chimique, métaux, anions, cations, substances organiques ou  
tout simplement par ordre alphabétique des appellations les plus  
courantes des produits.  
Une nouvelle difficulté survient : les produits chimiques ont très souvent  
des noms complexes associant celui d'un anion et celui d'un cation. Par  
exemple on utilise du dichromate d'ammonium, de potassium et de  
sodium. Doit-on le classer à dichromate (et à bichromate son ancien nom)  
ou à ammonium, potassium et sodium? La toxicité de ce composé dépend  
peu du cation, c'est donc à dichromate qu'il vaut mieux le chercher. Le  
mode de classement utilisé ici tient donc compte à la fois des propriétés  
chimiques, des propriétés toxiques et des noms (ordre alphabétique) des  
produits.  
UN TRÈS BREF RAPPEL DE NOTIONS  
TRÈS ÉLÉMENTAIRES DE CHIMIE  
PERMETTRA DE JUSTIFIER LE  
CLASSEMENT UTILISÉ.  
Toute la matière est formée à partir de 92 éléments naturels du plus léger,  
l'hydrogène, au plus lourd, l'uranium. Chacun est formé d'un noyau  
associant des protons (chargés positivement) et de neutrons (sans charge  
électrique). Autour de ce noyau "tournent" des électrons (chargés  
négativement). C'est le nombre de protons qui détermine la nature de  
l'élément (1 pour l'hydrogène, 9 2 pour l'uranium). Les neutrons assurent  
la cohésion du noyau, mais n'ont pratiquement pas d'influence sur les  
propriétés chimiques. Dans un élément isolé et neutre, il existe autant  
d'électrons que de protons. Un élément qui perd des électrons devient un  
ion positif (cation), s'il en gagne, c'est un ion négatif (anion).  
De façon très schématique, la plupart des propriétés chimiques sont liées  
à la faculté qu'ont les éléments à échanger des électrons. Les donneurs  
 
d'électrons sont des réducteurs, les accepteurs d'électrons des oxydants.  
Cette propriété est à la base de l'établissement de liaisons plus ou moins  
fortes entre les atomes et donc à la formation de molécules. Il existe en  
fait très peu d'éléments à l'état isolé dans la nature. L'oxygène et l'azote que  
nous respirons sont à l'état de molécules formées de deux atomes de  
chacun de ces éléments. S'ils se combinent entre eux, toute une série  
d'oxydes d'azote peuvent se former, aux propriétés très variées, certains  
étant eux mêmes très réactifs et formant de nouveaux composés avec les  
molécules qu'ils rencontrent.  
En solution dans l'eau, beaucoup de composés se dissocient en anions et  
cations. Il ne s'agit pas d'une destruction de la molécule, mais de la  
création d'un nouvel équilibre entre les éléments à caractère électronégatif  
(anions) et ceux à caractère électropositif (cations). Par exemple, le sel de  
cuisine, constitué en grande majorité de la molécule chlorure de sodium  
(Cl Na) se dissocie en - + anions "chlore négatif" (Cl ) et en cations  
"sodium positif" (Na ). La réactivité chimique de l'espèce Cl- n'a rien à voir  
avec celle de l'élément Cl (plus exactement de la molécule Cl : le 2 +  
chlore, gaz suffocant et rapidement mortel) et celle de l'espèce Na rien à  
voir avec celle du métal Na (sodium) qui au contact de l'eau la décompose  
et s'enflamme !  
Lorsque cette dissociation conduit à la formation d'ions H+ , le composé  
est un acide, si au + - contraire il attire à lui les ions H , laissant dans l'eau  
les ions OH , c'est une base.  
En règle générale, un composé formé à partir d'un acide et d'une base est  
appelé un "sel".  
L'élément carbone a la propriété de former des liaisons avec lui-même et  
avec pratiquement tous les autres éléments naturels. Il est le constituant  
majeur de la matière vivante, la matière dite " organique", c'est pourquoi  
la chimie du carbone est appelée chimie organique. Elle concerne assez  
peu le photographe intéressé par les procédés anciens. Mais elle joue un  
rôle fondamental dans les progrès constants que font les émulsions  
photographiques en particulier en couleur.  
A partir de ces quelques notions, la classification suivante est proposée  
1 — Acides et leurs sels les plus courants (formés avec le sodium, le  
potassium ou l'ammonium) : c'est l'anion ici qui nous intéresse du point  
de vue de sa toxicité.  
2 — Bases.  
3 — Eléments purs (il s'agit en pratique du brome, de l'iode, du sélénium  
et du mercure métallique).  
4— Sels de métaux précieux (argent, or, palladium, platine).  
5— Sels de fer et composés du fer (nombreux et très utilisés).  
6— Composés d'autres métaux.  
7— Dérivés soufrés (le soufre lui-même n'est pas utilisé, mais il forme de  
très nombreux composés utilisés en photographie, dont certains  
présentent un certain danger).  
8 — Composés organiques (hormis les acides organiques classés en 1).  
Il ne sera pas question des produits mis en jeu dans le traitement  
des images en couleur. Il est exceptionnel de se lancer dans la  
préparation des bains nécessaires.  
PRÉCAUTIONS À PRENDRE  
Il y a des règles simples à respecter pour éviter tout accident.  
Toujours étiqueter soigneusement les flacons de produits et ceux dans  
lesquels sont effectuées les préparations (en indiquant la formule sur le  
flacon avec un feutre indélébile, effaçable cependant à l'acétone). Il est  
recommandé de noter la date de préparation d'une solution réactive. Cela  
évitera les déceptions liées à des réactifs périmés et parfois plus dangereux  
que les composés d'origine.  
Peser les produits dans un endroit calme. Cela accroît la précision de la  
pesée et évite de répandre des poudres dans l'atmosphère, même si le  
produit n'est pas toxique par lui-même.  
 
Ne jamais prendre des produits à doigts nus. Toujours utiliser un objet  
type cuillère en plastique ou des spatules en verre (éviter l'acier et l'argent).  
Ne pas manipuler les épreuves à mains nues dans leurs bains (sauf par  
exemple les gommes posées sur leur cuvette d'eau froide).  
Toujours utiliser des pinces ou des gants.  
Ne jamais pipeter des bases ou des acides forts en aspirant directement  
dans la pipette avec la bouche. Il existe des poires aspirantes en  
caoutchouc (propipettes) qui empêchent toute aspiration intempestive et  
toujours dangereuse. On peut utiliser aussi un assez long raccord souple  
(tuyau de plastique ou de caoutchouc) ou des seringues.  
Si une projection d'une solution se produit sur la peau et surtout dans les  
yeux, il faut se rincer immédiatement à l'eau courante. Pour l'œil, il faut  
s'efforcer de l'ouvrir sous le courant d'eau (tiède si possible) du robinet  
afin d'éliminer le plus vite possible toute trace de produit.  
Enfin, en cas d'absorption d'un produit par la bouche, surtout lorsqu'on  
sait qu'il est dangereux, il est prudent d'appeler immédiatement le SAMU  
en précisant la nature du produit ou la composition du mélange.  
POUR DONNER UNE IDÉE DES QUANTITÉS DANGEREUSES  
Une petite cuillère représente environ 5 grammes d'un produit comme le  
sel de cuisine (chlorure de sodium). C'est beaucoup plus (10 à 15  
grammes) pour les sels de métaux lourds comme le chlorure mercurique  
ou le nitrate de plomb. Cela signifie que la dose mortelle d'un de ces sels  
est contenue dans une "pointe" de cuiller à café....  
Pour les acides, un verre à liqueur contient environ 2 centilitres, soit au  
moins 20 grammes d'un de ces acides dangereux, en général plus dense  
que l'eau (sauf l'acide acétique). Autrement dit, moins de la moitié d'un  
petit verre à liqueur est très dangereux, voire mortel.  
EN CONCLUSION  
Il faut rester serein devant les dangers présentés par l’usage des produits  
chimiques dans les procédés anciens. Les composés vraiment toxiques  
sont rarement utilisés. Connaissant leurs dangers (ne pas négliger celui  
présenté par les dichromates) et en prenant des précautions faciles à  
respecter, nous pouvons continuer à expérimenter et à créer de belles  
images sans risque pour notre santé et celle de notre entourage.  
BIBLIOGRAPHIE  
On trouvera des informations détaillées dans l’ouvrage américain de Susan  
D. SHAW and Monoma ROSSOL, “ Overexposure, health hazards in  
photography ”, édité chez Allworth Press (New York) en 1991 (ISBN :  
0-9607118-6-4). Toutefois, à la lecture de cet ouvrage, on a l’impression  
que tous les produits sont dangereux, ce qui n’est heureusement pas le cas.  
Et aussi dans Health Hazards for Photographers par Siegfried Rempel  
NewYork: Lyons & Burford eds 1993 (220p)  
Voici donc deux tables, l’une indiquant les produits selon la classification  
semi- empirique indiquée, l’autre par ordre alphabétique. L’une et l’autre  
indiquent le numéro de la page où les propriétés du produit sont décrites.