LES CAHIERS DU PHOTOGRAPHE  
Créer ses tirages d’exposition du labo à la galerie  
Créer ses tirages d’exposition du labo à la galerie  
Les nombreux livres qui enseignent la photographique évoquent rarement la  
démarche d’ensemble de la création de l’œuvre photographique dans ses  
contingences matérielles.  
Il est fait le plus souvent référence à l’esthétique et à la technique pour réaliser chaque  
élément séparément.  
Or, le photographe qui a réalisé une belle série et qui veut l’exposer peut perdre  
beaucoup de temps avant de parvenir à un résultat satisfaisant.  
Avant de tirer vos photos au laboratoire, demandez vous ce que vous allez en faire et  
imaginez votre projet. Où ces photos vont-elles être présentées ? dans quel contexte.  
Que souhaitez-vous que le spectateur ressente ?  
En effet, exposer ses photos dans le salon d’une maison contemporaine, dans une  
montée d’escalier d’une maison de campagne ou sous les cimaises d’une galerie d’art  
change le projet.  
Vous devez imaginez le rendu souhaité et prendre les décisions qui construiront  
votre exposition.  
Galerie d’art Georges-Philippe & Nathalie Vallois 36 rue de Seine Paris 6°  
Quelques lignes de conduite à se rappeler  
1° l’harmonie du projet  
Pour être harmonieux et séduisant le projet doit avoir une ligne de cohérence en  
termes de format, d’encadrement, de papiers etc.  
Rien de plus désastreux qu’une exposition bric à brac qui fatigue le regard et qui n’est  
pas fluide aux yeux du spectateur. Pour avoir réalisé un nombre d’expositions avec  
des artistes divers, le galeriste cherche à créer cette harmonie pour séduire le  
spectateur.  
La photographie, surtout noir et blanc peut justement avoir trop d’harmonie et  
engendrer la lassitude ; une même série dans le même format avec la même  
présentation peut créer l’ennui qui ne fixe plus le regard. L’artiste qui expose doit  
donner au galeriste les éléments qui lui permettront de construire une exposition  
séduisante. Il n’y a pas de règle pour éviter l’ennui sans tomber dans l’inconfort du  
manteau d’Arlequin, mais nous pouvons respecter quelques règles.  
A)  
Sans concept, que du vide !  
Construire des séries et ne pas isoler les images : Supposons que vous ayez une  
remarquable scène de rue et un tout autant remarquable paysage de montagne.  
Pour le spectateur, même si l’image est belle et visuellement fascinante, c’est  
une coquille vide qui pend elle-même dans le vide et pour laquelle il ne peut  
construire de préférences. Pour conduire le spectateur il est préférable de faire  
des minis séries d’un minimum de 3 photos dans lesquelles il pourra  
s’immerger.  
B)  
Communiquer, c’est faire simple dans la forme  
La forme est porteuse de sens et rien dans cette forme ne doit venir  
brouiller le message et égarer le public. L’excès d’images et d’effets perturbe  
la communication. Tout ce qui n’apporte rien à la composition ou ne  
contribue pas au sens n’est pas du graphisme, juste de la décoration. Chaque  
élément visuel doit être pertinent et avoir une fonction précise, justifiée.  
Sinon, il doit être remplacé.  
C)  
Communiquer, c’est faire simple dans le fond  
La simplicité réside dans la cohérence de l’objet visuel proposé au spectateur  
et qui se compose d’un cadre, d’un verre, d’un passe partout et d’une image.  
Ces quatre éléments doivent être en alignement. Pour le sujet, impossible de  
faire des recommandations sans heurter l’artiste, mais ce qui est universel et  
« facile » pour le grand public se vend mieux que les sujets plus tranchés, même  
si l’image est remarquable. Auriez vous dans votre salon la photographie du  
calvaire d'Omayra Sanchez ? La photo est poignante mais tellement  
douloureuse qu’elle est insoutenable.  
2°/ le format  
Tout dépend du lieu où vous exposer. Dans une montée d’escalier ou dans une  
grande salle de galerie.  
Visualisez le rendu et opter pour deux formats principaux avec un troisième pour les  
cas particuliers voir un quatrième. Par exemple 2 formats moyens, un très grand pour  
la mise en valeur de la photographie exceptionnelle et des petits formats pour les  
niches et recoins.  
Les formats moyens seront les plus vendus car ils sont les plus faciles à accrocher  
pour un particulier et les petits formats sont des cadeaux abordables qui peuvent se  
glisser facilement.  
Les différents formats qui peuvent être recommandés.  
Tout format doit être en harmonie avec la salle d’exposition ; le 30x40 est  
ridiculement petit dans une église alors qu’il sera parfait dans un appartement  
a)  
Le 30x40 est le format le plus facile avec l’inconvénient d’être un peu petit,  
mais s’accorde bien sur les murs des maisons et appartements.  
b) Le 50x60 est un format qui est idéal pour les grands espaces et qui permet  
le recul du spectateur pour embrasser l’œuvre; Pour une expostion en galerie les  
formats supérieurs ont souvent la préférence du galeriste.  
c) Les petits formats sont parfaits pour trouver leur place dans les recoins,  
sur les tables dans les petites pièces et pour agrémenter les rayons d’une bibliothèque  
d) Les très grands formats muraux il est toujours impressionnants de  
pouvoir offrir à l’exposition un très grand format mural ; il y a de la clientèle pour  
cela. Si le prix peut être exceptionnel, la qualité esthétique doit suivre et la qualité du  
tirage tout autant. Rares sont les photographes qui peuvent se permettre l’exercice.  
3°/ le cadre  
L’encadrement est un sujet sensible pour le photographe car un beau cadre est  
onéreux ; beaucoup de photographes veulent faire l’impasse sur son coût et pourtant,  
un beau cadre de qualité, même simple, rehausse l’image.  
Par ailleurs, la photo sous simple  
pince de verre clipsée fait « bon  
marché » et dégrade l’image. Rares  
sont les spectateurs qui font  
abstraction du contenant pour ne  
s’intéresser  
qu’au  
contenu;  
généralement il perçoit un  
ensemble qu’il veut transposer  
dans son univers.  
Là encore restons en harmonie et  
ne proposez qu’un modèle de  
cadre pour l’ensemble de votre  
exposition autrement c’est une  
véritable cacophonie visuelle.  
Pour faire des économies achetez  
des cadres réutilisables ; malheureusement ils sont très chers, mais l’investissement  
est rentable ; que ce soit pour changer souvent les photos des enfants dans la montée  
d’escalier ou pour parcourir les galeries d’exposition renouvelées, un cadre qui résiste  
au transport, à la manipulation et au changement d’image vous fera faire des  
économies.  
Le fabricant allemand Halbe https://www.halbe-rahmen.de/ fait des cadres  
remarquables de très grande qualité qui valent 3 à quatre fois les cadres des grandes  
surfaces. En revanche, ils sont beaux, d’une grande solidité et d’une grande facilité de  
manipulation.  
Attention les formats photos aux dimensions anglo-saxonnes demandent à être  
recoupés pour les cadres en dimensions métriques.  
4°/ le passe partout  
Le passe partout, à ne pas confondre avec la marie-louise, met également en valeur  
l’image.  
Là encore (ter) il faut veiller à l’harmonie et constituer un ensemble cadre passe-  
partout qui soit, sauf exception voulue, identique et répétable.  
Il faut se constituer une charte d’encadrement avec pour un même format de cadre  
un ou deux modèle de passe-partout adaptés à vos formats de prédilection. Par  
exemple pour un cadre 30x40 un passe partout avec une ouverture de 200x200 pour  
le 6x6 et de 200x233 pour le 6x7.  
Pour les bords et marges, pensez à calculer ceux-ci en fonction du centre optique, ce  
sera visuellement plus harmonieux.  
5°/ le verre  
Choisir sans hésitez un verre antireflet ; rien de plus pernicieux qu’un rayon de soleil  
ou un spot mal réglé pour gâcher l’image. La qualité du verre n’est pas insignifiante ;  
le prix non plus.  
6°/ le papier  
Une fois encore votre exposition ne doit pas choquer l’œil sauf si c’est une option  
esthétique choisie. Le papier participe à l’harmonie d’ensemble et une variation de  
qualité est immédiatement perçue par l’œil et cela peut être dérangeant si cette  
variation n’a pas de signification. On peut très bien mettre l’un à côté de l’autre des  
tons de papier différents mais il faut que le spectateur soit volontairement dérangé.  
RC ou baryté : Pour des raisons commerciales le baryté est plus vendeur auprès du  
grand public.  
Mat ou brillant : Ne pas mélanger les genres dans une même série sans bonnes  
raisons esthétiques.  
La mise en œuvre au labo photo  
1°/ pour avoir des négatifs très plats  
Plus le négatif est plat, meilleur sera la qualité du tirage et du réglage, même si une  
légère incurvation est tolérable.  
Les négatifs ont une courbure naturelle que vous pouvez corriger au développement.  
Il suffit de mettre en spire le négatif « presque sec » dans une spire de développement  
en l’introduisant avec une courbure inverse.  
« presque sec » veut dire que le négatif n’a plus de traces d’eau ni d’humidité en  
surface et qu’il n’adhère plus du tout au doigt.  
2°/ calage sous l’agrandisseur  
Pour garder une cohérence des images et se faciliter le travail de réglage du margeur,  
utilisez l’un de vos passe-partout pour caler vos marges.  
Il est important que le calage soit répétable et constant entre vos tirages ; on cadre  
en fonction du passe-partout et non pas l’inverse.  
a)  
L’image doit être légèrement plus grande que le passe-partout pour permettre  
une certaine tolérance.  
b)  
Repérez le centre optique et la marge qui est la plus large pour faire vos  
réglages ; il est bon de le noter sur la passe partout qui vous sert de calage pour vous  
faciliter son orientation.  
c)  
Selon les margeurs, le calage du papier n’est pas toujours facile ; vous pouvez  
encadrer votre papier à l’aide de règles magnétiques de quelques mm  
3°/ séchage  
Le séchage des papiers barytés est un élément de présentation important pour la  
vente, surtout si vous vendez vos tirages hors encadrement. L’acheteur exige la  
perfection, ce qui exclut les traces de papier kraft, les bords gondolés ou grattés.  
Il n’y a pas beaucoup de solution pour la perfection  
a)  
Faites sécher à l’air libre la photographie sur une plaque de verre ou mieux de  
polycarbonate à la verticale après avoir essoré l’eau grossièrement à la main ou au  
rouleau  
b)  
gardant un peu d’humidité.  
c) Le papier étant légèrement humide utilisez une presse à chaud pour obtenir  
une image extra plate  
Si vous êtes pressé accélérez le séchage sur une petite glaceuse électrique en  
Utilisation de la presse à chaud  
Glissez vos photographies entre deux papiers buvard à acidité neutre, ; pour  
ne pas que vous retrouviez celle-ci pelucheuses ou incrustées dans le papier  
buvard, mettez sur le dessus et le dessous du papier calque ou du papier  
cuisson.  
Réglez votre température et une fois en température, laissez chauffer 10  
minutes puis éteignez votre presse. Après refroidissement vous aurez des  
photographies parfaitement planes. Attendre un refroidissement complet  
est impératif pour deux raisons:  
A)  
Les fibres d’un papier chaud sont pus dilatées et absorbent donc plus  
l’humidité ambiante  
B)  
La gélatine se rétracatnt plus vite que le papier lui même déforme le  
support papier  
Attention, la planéité est éphémère et l’hygrométrie fera « curler » votre papier  
baryté d’ici quelques semaines.  
3° / cirage des épreuves  
Les épreuves peuvent être cirées pour améliorer la profondeur des ombres ; ne pas  
oublier de le mentionner au dos de l’épreuve Par exemple épreuve cirée à la cire  
Renaissance qualité longue conservation « museum »  
4°/ signature, numérotage et authentification des épreuves  
Vaste débat s’il en est qui ne veut pas dire grand-chose en photographie.  
Toutefois sur le plan commercial, l’expérience démontre que l’acheteur veut que  
l’épreuve soit signée de l’artiste et s’il achète à l’exposition en présence de celui-ci une  
dédicace est très appréciée.  
Au dos des mentions additionnelles peuvent être les biens venues comme le cirage  
des épreuves.  
Le numérotage des épreuves. L’acheteur veut une œuvre originale et unique qui ne  
soit pas copiée à l’infini. Généralement il se contente d’un cachet d’authentification  
avec le numéro de l’œuvre sur le tirage par exemple un cachet de l’artiste portant  
comme indication tirage n° 6 sur 100 exemplaires.  
Tout cela est purement marketing, mais c’est une exigence de l’acheteur qu’il faut  
satisfaire.  
5°/ packaging  
Le packaging coûte cher, mais il est indispensable, même les marchands de pomme  
terre l’ont compris.  
Une fois le prix payé, la vente n’est pas terminée, l’acheteur doit être content et fier  
de son achat et le packaging renforce la satisfaction de l’acheteur. Le luxe veut qu’on  
ne vende pas les parfums au litre et que le moindre achat d’un célèbre téléphone  
portable oblige à une profusion de boîte, sous-boîte livret etc…  
Pour la vente en direct et hors galerie, concevez un packaging simple, par exemple du  
papier de soie pour glisser vos photos dans une boîte, un carton style carton à dessin  
plutôt qu’un sac papier kraft écolo pour marchands de fruits et légumes.  
Budget  
Les recommandations ci-dessus coûtent cher, mais l’investissement est rentable car  
il sera facturé dans le prix de vente.  
Le cadre n’est pas gratuit et vous le facturerez à part en prenant une  
marge raisonnable.  
Le tirage papier baryté numéroté se vendra plus cher que le tirage RC grand public  
authentifié mais dont la série ne sera pas limité.  
Le packaging peut être proposé sur option que vous dénommerez « prestige »,  
« collectionneur » « cadeau » avec une copie du certificat d’authentification tiré à part,  
dans une boîte ou un carton qui peut être signé de l’artiste.  
Toute démarche de valorisation doit être perçue par l’acheteur comme une attention  
unique valorisante ; c’est le principe du luxe et des prix qui s’envolent avec.