Comparer la résolution du film argentique avec le capteur numérique

Démarré par Magazine-Photo, Juil 13, 2025, 10:46 AM

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En photographie argentique, la résolution est souvent exprimée en paires de lignes par millimètre (pl/mm), ce qui mesure le pouvoir séparateur d'un film : c'est la capacité à distinguer des détails fins. En numérique, la résolution est généralement donnée en pixels (souvent en mégapixels), mais aussi parfois en résolution spatiale (comme le nombre de pixels par millimètre ou par pouce).

Le pouvoir séparateur d'un système optique (film + objectif) ne peut jamais excéder la résolution de l'élément le plus faible. Par exemple, avec un film ayant une résolution de 100 pl/mm et un objectif de 50 pl/mm, la restitution de l'image se situera entre 33 et 45 pl/mm.

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Conversion approximative : 100 pl/mm en numérique

(la combinaison optique du planar 2,8-80 à 5 lentilles utilisée dans les GX-FX est celle de 1954. Elle peut passer pas loin de 100 pl/mm)

•    100 paires de lignes par millimètre signifie qu'on peut distinguer 100 lignes noires + 100 lignes blanches sur 1 mm, soit 200 lignes.

•    Pour capturer cela numériquement, on considère au minimum 2 pixels par ligne (un pour le noir, un pour le blanc), donc :

100 pl/mm×2=200 cycles/mm⇒400 pixels/mm

Donc, 100 pl/mm ≈ 400 pixels/mm
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Extrapolation vers une image numérique complète

Prenons un négatif 24×36 mm (format 35 mm) :

•    Largeur : 36 mm × 400 px/mm = 14 400 pixels
•    Hauteur : 24 mm × 400 px/mm = 9 600 pixels

Cela donne une image de 14 400 × 9 600 px ≈ 138 mégapixels
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En résumé

•    100 pl/mm ≈ 400 pixels/mm
•    Un film 35 mm de cette qualité correspond à environ 138 MP

⚠️ Ce chiffre est théorique. En pratique :

•    Peu de films atteignent 100 pl/mm (plus souvent 50–80 pl/mm pour les films courants)

•    La qualité dépend aussi de l'objectif, de la mise au point, du grain, du scanner, etc.


Voyons cela pour le format moyen 6×7 cm, très utilisé en photographie argentique professionnelle.

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📏 Exemples Dimensions du 6×7

Le format 6×7 cm correspond en réalité à environ 56 mm × 72 mm (les dimensions utiles du négatif).
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🔎 Résolution en 100 pl/mm

On utilise la même base que précédemment :

100 pl/mm ≈ 400 pixels/mm
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🧮 Calcul des dimensions en pixels

•    Largeur (72 mm) × 400 px/mm = 28 800 px
•    Hauteur (56 mm) × 400 px/mm = 22 400 px

Cela donne une image de 28 800 × 22 400 px

Soit un total de :

28 800×22 400=645 120 000 pixels≈645 mégapixels

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⚠️ À relativiser

•    645 mégapixels est un maximum théorique, basé sur un film capable de résoudre 100 pl/mm, ce qui correspond à un film très fin (comme un film à grain très fin type Kodachrome, ou certains films techniques).

•    En pratique, des films plus classiques (~60–80 pl/mm) donneraient plutôt entre 240 et 400 MP de résolution effective.
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📌 Résumé

Format    Résolution (100 pl/mm)   

Pixels approximatifs    Mégapixels

24×36 mm    14 400 × 9 600    ~138 MP   
6×7 (56×72 mm)    28 800 × 22 400    ~645 MP   

Or 645 mégapixels, c'est énorme, et aucun appareil photo numérique classique n'atteint aujourd'hui une telle résolution – même dans les gammes professionnelles ou scientifiques.

Comparons cela avec les plus hauts standards actuels :
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📷 Résolutions des appareils numériques les plus avancés (en 2025) :

Appareil / Capteur   

Résolution max    Format

Phase One IQ4 150MP    150 MP    Moyen format (53.4 × 40 mm)
Fujifilm GFX100 II    102 MP    Moyen format (43.8 × 32.9 mm)
Sony A7R V    61 MP    Plein format (36 × 24 mm)
Canon EOS R5    45 MP    Plein format
Hasselblad H6D-400c Multi-Shot    400 MP (combiné)    Multi-exposition (multi-shot)

Même les plus grands capteurs scientifiques ou industriels (souvent refroidis, très chers, non destinés à la photo artistique) dépassent rarement 200–300 MP en prise unique.

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🧪 Exception : capteurs scientifiques

•    Certaines caméras spécialisées utilisées en astronomie, microscopie ou cartographie satellite (par exemple des capteurs CCD de plusieurs centaines de MP) approchent ou dépassent les 500 MP, mais elles sont :

o    En général très lentes
o    Refroidies pour réduire le bruit
o    Non transportables
o    Non destinées à la photo de terrain

Exemple :

•    Le capteur de la caméra LSST (Vera Rubin Observatory) fait 3,2 gigapixels, mais c'est un télescope de 8,4 mètres de diamètre...
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📌 Conclusion

Le 645 MP théoriques d'un film 6×7 à 100 pl/mm représentent une résolution maximale potentielle, jamais atteinte en pratique, même en argentique (à cause du grain, de l'objectif, de la mise au point...).

En pratique :

•    Un bon film 6×7 avec bon objectif + scan de qualité donne l'équivalent de 100–200 MP utilisables, ce qui reste meilleur que presque tous les capteurs actuels.


🎞 Films noir et blanc proches de 100 pl/mm

Voici des exemples de films qui approchent ou atteignent 100 pl/mm, dans des conditions optimales (objectifs très piqués, mise au point parfaite, faible diffraction) :

Film NB    Pouvoir résolvant max (en pl/mm)    Commentaires techniques
Kodak Technical Pan    200 pl/mm (théorique), ~140 réaliste    Film très fin, arrêté en 2004. Superbe piqué mais difficile à développer.
Adox CMS 20 II    230 pl/mm (données fabricant), ~150 réaliste    Ultra-fine grain. Demande un révélateur très doux (Adotech).
Gigabitfilm (ancien)    ~120–150 pl/mm    Film technique, très résolvant mais capricieux.
Rollei Ortho 25    ~100 pl/mm    Film orthochromatique, très fin.
Fuji Neopan 100 Acros II    ~70–90 pl/mm    Très bon piqué, grain fin, facile à développer.
Ilford Pan F Plus 50    ~80–100 pl/mm    Excellent rendu, mais très sensible au flou de mise au point.

🧪 Facteurs cruciaux

•    Ces valeurs sont dans des conditions idéales :

o    Objectif très haute résolution (souvent des optiques macro ou repro)
o    Mise au point critique
o    Faible diffraction (souvent f/4 – f/5.6 max)
o    Développement très fin (révélateur à grain compensé ou ultra-doux)

•    Le développement est crucial : un film comme Adox CMS 20, s'il est mal développé (par ex. dans Rodinal ou HC-110), ne dépasse pas 40–50 pl/mm.

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⚠️ En usage classique (paysage, portrait, etc.)

Même un film comme Ilford FP4+ ou Kodak T-Max 100 donne plutôt 50–70 pl/mm effectifs, ce qui est déjà excellent.

L'intérêt des films ultra-résolvants (comme CMS 20) est souvent réservé :

•    à la reprographie
•    à la macro
•    ou à la photographie fine-art très contrôlée
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📌 Conclusion

•    Des films NB comme Adox CMS 20 II ou Kodak Technical Pan peuvent atteindre ou dépasser 100 pl/mm, mais cela demande des conditions très rigoureuses.

•    En pratique, 90 pl/mm bien maîtrisés donnent déjà une résolution exceptionnelle (environ 500 MP sur un 6×7)

Un exemple pour un film polyvalent l'Ilford HP5 Plus

L'Ilford HP5 Plus est un excellent film noir et blanc, très populaire pour sa polyvalence, son bon contraste, et sa capacité à être poussé, mais ce n'est pas un film haute résolution.

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🎞 Résolution typique de l'Ilford HP5 Plus

Caractéristique    Donnée approximative
ISO nominal    400
Pouvoir résolvant (pl/mm)    ~40 à 60 pl/mm
Type de grain    Cubique (film traditionnel, non T-Grain)
Latitude d'exposition    Large (très tolérant)
Développement    Très flexible


    🔍 En laboratoire, on obtient environ 40 pl/mm en conditions réelles, et jusqu'à 60 pl/mm en conditions optimales (objectif très piqué, développement fin, bon contraste local).

📉 Comparaison avec des films haute résolution

Film NB    ISO   

Résolution max (pl/mm)    Commentaire
Ilford HP5 Plus    400    ~40–60    Très bon film généraliste
Ilford Pan F 50    50    ~80–100    Grain fin, plus résolvant
Adox CMS 20 II    20    ~150–230    Ultra haute résolution, film technique

🧮 Conversion vers numérique (résolution équivalente)

Prenons la valeur haute pour HP5 Plus : 60 pl/mm = 240 pixels/mm

    Sur un négatif 6×7 (56×72 mm) :

        56 mm × 240 = 13 440 pixels

        72 mm × 240 = 17 280 pixels

        Total ≈ 232 mégapixels

    ⚠️ Mais attention : en pratique, le grain du HP5 Plus limite la netteté perçue à un niveau souvent plus bas que ce chiffre théorique. Un scan de 20 à 50 MP extrait déjà presque tout le détail utile d'un négatif HP5.

📌 Conclusion

    Ilford HP5 Plus ≈ 40–60 pl/mm → bien en deçà des 100 pl/mm

    Il est conçu pour :

        La polyvalence (reportage, rue, portrait)

        La tolérance au développement et à l'exposition

        Un rendu classique, pas la finesse extrême

    Si vous cherchez la résolution maximale, il vaut mieux choisir :

        Ilford Pan F 50

        Rollei Ortho 25

        Adox CMS 20 II (avec précautions)



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Résolution d'un tirage argentique : un niveau supérieur à l'impression numérique

La résolution d'un tirage argentique est uniquement limitée par celle du film et le facteur d'agrandissement. En comparaison avec l'impression numérique, notamment en jet d'encre, l'argentique offre souvent des résultats supérieurs.

Prise de vue

Afin de vérifier cette affirmation, nous pouvons réaliser en studio des prises de vues en argentique et en numérique. La scène inclurait une mire de résolution USAF 1951. En argentique, trois appareils de formats différents seront utilisés avec du film noir et blanc Ilford Delta 100 (100 ISO) : un format 24×36, un moyen format, et une chambre 4×5 . En numérique, un appareil de 45,7 MP réglé à 100 ISO sera employé.

Résolution d'une imprimante jet d'encre

Les imprimantes jet d'encre ont une résolution maximale qui varie selon le modèle. Les imprimantes Epson SC-P800 et SC-P900, par exemple, atteignent une résolution de 720 ppp (points par pouce), ce qui correspond à 14 pl/mm (paires de lignes par mm), une unité couramment utilisée pour définir la résolution d'un système optique ou d'impression.

Le fichier généré par un appareil numérique de 45.7 MP , lorsqu'on effectue un tirage à la résolution maximale de l'imprimante (720 ppp), donne un image qui mesure 19,42 x 29,13 cm.

Résolution du film et du papier argentique


En ce qui concerne l'argentique, la résolution dépend de la qualité du film et de l'objectif utilisé. Selon Kodak et Fujifilm, un film noir et blanc de 100 ISO peut atteindre une résolution de 200 pl/mm lorsqu'il est exposé à une mire de haut contraste (rapport 1000:1). Pour des mires à faible contraste (1,6:1), cette valeur descend à 60 pl/mm.

Le pouvoir séparateur d'un système optique (film + objectif) ne peut jamais excéder la résolution de l'élément le plus faible. Par exemple, avec un film ayant une résolution de 100 pl/mm et un objectif de 50 pl/mm (comme c'est souvent le cas avec un bon objectif de chambre), la restitution de l'image se situe entre 33 et 45 pl/mm.

Quant au papier photographique, sa résolution peut atteindre aisément 100 pl/mm, notamment pour les tirages en noir et blanc. Un tirage par contact, où le film est placé directement contre le papier, permet d'obtenir la plus haute résolution possible en photographie. C'est pourquoi les prises de vue en grand format argentique et les tirages par contact, comme en 8×10 pouces (20 x 25 cm), sont toujours recherchés. Ils offrent une résolution bien supérieure à celle des tirages jet d'encre.

Agrandissement et perte de résolution

Lorsqu'on agrandit un négatif, la résolution de l'image sur le tirage diminue. Moins on agrandit un négatif, meilleure est la définition de l'image. Par exemple, en agrandissant un négatif 24×36 de film 100 ISO par un facteur de 5, la résolution obtenue est d'environ 15 pl/mm. Pour référence, l'œil humain ne peut distinguer des détails plus fins que 6 à 7 pl/mm à une distance d'observation de 30 cm.

Gouttelettes d'encre versus halogénures d'argent


Les imprimantes jet d'encre déposent des gouttelettes d'encre de tailles variées, les plus petites étant de l'ordre de 10 micromètres. Avec les imprimantes Epson SC-P800 ou SC-P900, la résolution peut atteindre 2880 dpi (points par pouce), soit environ 100 points par mm. Toutefois, dans les zones les plus claires d'un tirage jet d'encre, les gouttes sont espacées et peuvent être discernées à l'œil nu avec une loupe.

En revanche, les cristaux d'halogénures d'argent (bromure, chlorure et iodure) utilisés en argentique sont 100 fois plus petits que les gouttelettes d'encre. Ces cristaux sont si petits qu'un microscope à fort grossissement est nécessaire pour les distinguer (Scoponet) . De plus, les transitions dans une image argentique sont beaucoup plus douces et continues que celles visibles dans un tirage jet d'encre.

Conclusion

En résumé, les nuances et la haute résolution d'un tirage sont encore l'apanage de l'argentique, à condition de ne pas trop agrandir les films. L'argument en faveur de l'argentique reste solide, notamment en grand format, pour ceux qui cherchent une qualité d'image optimale.